Shot 1

Shot 1
___Elle était là depuis des heures. Assise à même le sol. La main sur la tombe. De celui qu'elle avait tant aimé. Celui qui lui avait été retiré il y a peu. Celui qui la faisait sourire. Celui pour qui elle vivait. Pour qui elle avait finit par pleurer. Elle l'avait tant attendu. Espéré. Il avait fini par venir à elle. Elle lui en avait voulu d'être parti comme ça. De façon aussi brutale. Sans même lui avoir laissé le temps d'un dernier au revoir. D'un adieu plutôt. Elle aurait tant voulu revivre ces instants passés avec lui, à l'infini. Encore et toujours revivre ces quelques mois qu'ils avaient passé tous les deux. Unis. Dans leur bulle. Dans leur monde. Ou rien ne pouvait les séparer. Ils prenaient leur temps. Parce qu'ils pensaient en avoir. Mais la mort les a ratrappé. Il est parti trop vite. Elle aurait voulu partir avec lui. Mais ce n'était pas encore son tour. Alors elle survit. Avec son visage chaque seconde dans la tête. Ses yeux pétillants. Ses lèvres souriantes. Jamais elle ne pourrait l'oublier. Ça ne la dérangeait pas. Elle attendrait pour le rejoindre. Encore un peu. Mais jamais elle n'ira vers un autre homme. Elle lui à promis fidèlité. A la vie. A la mort. Elle attendra son tour. Jusqu'à la fin.

___Elle est là depuis des heures. Pour la dernière fois. Elle va fuir. Devant son passé. Devant sa vie d'avant. Elle n'en peut plus de ne vivre que pour sa tristesse. Elle veut vivre comme il aurait voulu qu'elle fasse. Il lui avait dit que ça en valait la peine. Qu'on le lui avait dit. Et qu'il fallait traverser les moments les plus durs pour savoir vraiment ce qu'était la vie. Ce qu'elle vit est dur. Ce qu'elle a vécu est dur. Ce qu'elle vivra après le sera sûrement. Encore plus. Il va lui manquer. Elle restera forte. Ellle vivra pour lui. Pour les choses qu'il n'a pas eu le temps de faire. Elle vivra ses rêves. A lui. Leurs rêves. Communs. Et finira sa vie seule. Mais comblée sans doute. D'avoir réussi ce qu'il n'avait que pensé. D'avoir su vivre, sans lui. Avec lui, par la pensée.

___Elle était là depuis des heures. A réfléchir comment annoncer à ses proches qu'elle partirait bientôt. Qu'elle voulait faire le tour du monde. S'évader. Réfléchir. Mais surtout pas l'oublier. Elle voulait qu'il hante ses nuits. Et ses jours. Qu'à tout instant, il n'y ai que lui dans sa tête. Personne d'autre que lui. Elle voulait juste l'aimer jusqu'à ce que son heure arrive. Elle ne savait comment leur dire. Elle ne savait comment ils allaient réagir. Elle pensait même partir sans prévenir. Un peu comme lui. Mais elle savait que ça faisait trop mal. Elle ne voulait pas les faire souffrir comme elle souffrait. Alors elle leur écrirait sûrement plus tard. Lorsqu'elle estimera que le temps sera venu. Lorsqu'il sera nécessaire qu'elle le fasse.

___Elle était partit depuis des heures. Les feuilles tourbillonait dans le cimetière. Les arbres bougeait au rythme du vent. Un viel homme se pencha et balaya du revers de la main la pierre salit par les branches. Il s'agenouilla et murmura quelques mots. Il avait l'air soulagé. D'un poids. Libéré. Enfin il allait pouvoir vivre. Ils s'étaient bien connu. C'est ce qu'ils pensaient. En réalité, ils ignoraient tout l'un de l'autre. Ils avaient été de simple étrangers. Mais le destin les avait séparé. Ils ne s'étaient pas revu depuis quelques années. Ne c'étaient pas donné de nouvelles. Ils étaient déjà mort l'un pour l'autre. Alors c'était un soulagement que de voir qu'enfin, ils seraient à jamais séparé. Qu'il avait enfin une raison de pleurer son fils.

___Il était là depuis des heures. Il parlait seul. Fixant un bouquet de fleurs qui perdaient leurs pétales au fur et à mesure que le vent soufflait. Il sentait une présence. Une force en lui. Une force qu'il n'avait pas ressenti depuis des lustres. Il sentait que l'enfant qu'il avait vu grandir avait échouer à la porte de l'âge adulte. Un sourire se dessina sur son visage. Jamais il ne reviendrait ici. Bientôt, il irait rejoindre son fils. Il essaya de se redresser mais chuta. Son coeur s'arrêta. Il resta alongé. Sans vie. Au milieu des tombes. Contre son fils qui lui avait manqué. Même si jamais il n'avait osé l'avouer. Ses mains se serrèrent. Enfin il irai le rejoindre. Au pays des anges. Dans un monde meilleur. Là où son fils l'attendait depuis quelques jours. Impatient.

___Il était là depuis des heures. Mort entre les morts. Un cercueil à ciel ouvert. Enfin il irai au Paradis. Il avait tant attendu ce moment. Où il pourrait le serrer dans ses bras. Et lui dire tout ce qu'il n'a pas eu le temps de dire. Le vent continuait son travail. Il tourbillonait autour de l'homme. Dont le visage semblait apaisé. La nuit tombait. Il resterait là toute la nuit.

___Elle était là depuis des heures. Dans cette aéroport. Elle écrivait ses maux. Des larmes roulaient sur son visage. Mais elle ne voulait les effacer. Il fallait encore qu'elle pleure. Ça l'aidait à passer cette étape. Elle ferma les yeux. Serra la feuille contre elle. Et finit par s'endormir là. Sur sa chaise. Rêvant à des pays lointain. Qu'elle aurait voulu visité avec lui. Dans l'espoir qu'il revienne un jour. Même si elle savait que c'était impossible. Elle avait vu son corps, inerte. Mort innocemment. Elle avait vu son visage. Fermé et triste. Elle avait senti son âme s'envoler. Leur deux âmes sûrement. Elle ne faisait plus qu'une. Elle sera une épave. Pour le reste de ses jours.

___Elles étaient là depuis des heures. La mère et la fille. Elles se ressemblait beaucoup. Assise près de la tombe qu'elle n'avait pas revu depuis quelques années. Un nom inscrit en grosse lettre. Le nom d'un mari. Le nom d'un père. La fillette voyait pour la première fois l'endroit où son père avait élu domicile. Le père qu'elle n'avait pas eu le temps de connaître. Le père qui ignorait son existence. Le père qu'elle aurait tant aimé connaître. Elle aimait son père sans même l'avoir rencontré. Le père dont elle a entendu tant de bien. Elle prit sa mère par la main. L'une s'imaginait un visage, l'autre se souvenait. Et cela ne pourra jamais changer.

___Elles étaient là depuis deux heures. Sachant que ça pouvait être les dernières. Ayant conscience que le temps passe vite. Que la vie est courte. Qu'il faut aller de l'avant. Et profiter au maximum des opportunité qui se présentent. Elles repartirent en direction de la voiture. Main dans la main. Le sourire aux lèvres. Elles avaient décidé de continuer ensemble. De se soutenir. De ne pas baisser les bras. En connaissant les risques de la vie. En sachant que n'importe quand, la vie peut s'arrêter. Sans préavis. Une étape était franchit. Pour elle deux.

___Elle était là depuis des heures. Comme envoûtée. Elle connaissait les dangers. De ses sentiments. De l'amour. De la vie en général. Elle savait pertinement comment elle se terminait. Connaissait la fin. Elle connaissait le danger. Du métier de l'homme qu'elle aimait. Qu'elle aime toujours. Qu'elle aimera sans doute à jamais. Mais elle n'arrivera pas à se faire à l'idée de ne plus le revoir. De ne plus le toucher. De ne plus le sentir. Elle ne se fera pas à son départ. Ne l'acceptera jamais. Ils avaient encore tant de choses à vivre. Il avait encore tant de choses à vivre. Ils étaient heureux. Et leur bonheur s'est brisée d'un coup. Elle a exploser comme une bulle de savon. S'engager dans l'armée; C'était un rêve de gosse. Aller à la guerre. Il l'avait tant attendu. Enfin il avait réussi. Il était arrivé au bout des choses. Sa vie lui avait été retiré. Il avait laissé derrière lui la femme qu'il aimait. Une femme qui voulait encore le voir rentrer. Epuisée. Il était destiné à de grandes choses. Mais ça ne s'est pas passé comme prévu. Son coeur s'est arrêté debattre. En une fraction de seconde. La guerre lui a pris sa vie. Des tonnes d'autres sûrement.

___Elle était là depuis des heures. Elle n'avait pas oublier son visage. Son ombre. Son odeur. Sa voix. Elle se rappelait de tout malgré le temps écoulé. Elle s'en rappellera toujours. Lui qui n'a pas connu son père. Lui qui n'a pas connu sa fille. Elle qui a perdu son mari. Elle qui voit sa fille grandir. Et chaque jour ressembler davantage à son père. Ils étaient jeunes. Mais connaissaient la vie; Ils avaient tant vécu. Ils avaient tant à vivre.

___Elle était là depuis des heures. Elle avait bien grandi. Elle ressemblait beaucoup à cette femme. De plus en plus. Cette femme qui venait souvent à présent. Cette femme abîmée par les années. Par la douleur. La souffrance. Cette femme qui versait toutes les larmes de son corps à chaque visite. Sa mère. Les années avaient passé. Mais son désir de connaître son père était toujours le même. Elle regardait la tombe. Vingt ans qu'il était parti. Vingt ans qu'elle voyait sa mère triste. Seule. Vingt ans que l'homme qu'elle n'avait jamais vu lui manquait. Vingt ans que sa mère lui parlait de lui comme de l'homme parfait. Celui dont toutes les jeunes filles rêvent. Elle était assise comme sa mère l'était il y a quelques années.

___Elle était là depuis des heures. Se redressa. Puis déposa une lettre dessous un pot de fleurs. Ele sourit à la tombe. Comme pour dire au revoir. En sortant du cimetière, un jeune homme l'accueillit à bras ouvert. La laissant pleurer sur son épaule. Elle se blottit contre lui et ils remontèrent tous les deux la rue. La pluie coulait à flot. Les derniers mots s'effaçait sur le papier.

___André Comte-Sponville a écrit :
« Pourquoi écrit-on une lettre ? Pour habiter ensemble l'essentielle solitude, l'essentielle séparation, l'esstentielle et commune fugacité. Pour décrire le temps qu'il fait, le temps qui passe. Pour raconter ce qu'on devient, ce qu'on est, ce qu'on attend. Pour dire la distance, sans l'abolir. Le silence, sans le corrompre. Le moi, sans s'y enfermer. »

___J'était là depuis des années. A les observer. A essayer de les comprendre. A sécher leurs larmes. Et j'y suis parvenu. L'être humain n'est pas aussi complexe qu'on le pense. Leur loi s'appelle AMOUR. Ils ne vivent que pour ça.


FIN


Premier article
Première shot

# Posté le vendredi 26 septembre 2008 13:35

Modifié le samedi 04 octobre 2008 14:32